hot_stuffPour notre rubrique "Urban Culture", nous sommes laissés charmer par l'incroyable talent d'une photographe Liégeoise expatriée à Paris depuis maintenant 6 ans, Véronique Boyens.

Alors que son exposition d'autoportraits vient de connaître un beau succès dans le mythique Forum des Halles, Véronique s'apprête à faire découvrir ses oeuvres au public belge grâce à un partenariat pour exposer ses photos dans les galeries de la FNAC. C'est en avril 2008 que l'expo s'arrêtera à Liège mais découvrons dès maintenant cette artiste bien de chez nous dont le talent ne passe déjà pas inaperçu auprès de nos voisins français. Rien que ça!

1) Comment une Liégeoise se retrouve-t-elle à faire une de ses premières expos à Paris, dans un lieu culturel jouissant d'une telle réputation? "J’habite et je travaille à Paris depuis 6 ans. La capitale m’est donc devenue assez familière. Je connais les lieux à forte fréquentation et commence tout doucement à me familiariser avec le réseau des galeries d’exposition.

Pour mon premier contact avec le public, l’idée était d’être vue du plus grand nombre, dans un lieu à forte fréquentation et à grande notoriété afin d'affronter d’emblée les regards d’une population très hétérogène pour savoir si mon travail allait impacter le visiteur, lequel, comment, et pourquoi."

Avant cette exposition, le travail de Véronique n'avait encore jamais révélé au grand public. Mais quand on a de l'or entre les mains, autant commencer par un lieu à la hauteur de son ambition! Véronique a donc présenté son dossier à la responsable de la communication de l'endroit, avec qui le courant est très vite passé. C'est ensemble qu'elles ont monté le projet. Rappelons que la première exposition de Bettina Rheims a eu lieu au Centre Pompidou, à deux pas du Forum des Halles...Un présage d'une si belle carrière pour Véronique?

"Le Forum des Halles est le centre névralgique de la capitale, où transitent chaque jour plusieurs centaines de milliers de personnes qui viennent y faire leurs courses et s’y divertir. Le Forum expose régulièrement de jeunes artistes, photographes, sculpteurs, décorateurs, etc… Un vrai coup de pouce pour les jeunes artistes comme moi, sachant qu’il prend en charge la fabrication technique de l’exposition et la gestion des relations avec la presse."

Au final, l'artiste s'est rendu compte que "les interprétations de mes clichés sont très différentes d’une personne à l’autre. C’est très intéressant. Nombreux sont ceux qui n'hésitaient pas à se prendre en photo devant mes images."

2) Pourquoi une série d'autoportraits? "A l’origine, l’autoportrait est né de ma curiosité à comprendre le rôle du modèle. Saisir le ressenti du sujet photographié et toutes les difficultés que cela incombe de poser devant un objectif pour affiner dans mon travail futur ma relation avec mes modèles.

Un soir d’insomnie, j’ai donc sorti mes flashs et mon fond de décor et me suis postée devant mon appareil, ma veste en jeans enroulée sur ma chevelure comme un turban, pas trop sûre de mon coup.

L’expérience était excitante mais extrêmement compliquée. Il s’agissait de préparer toute la technique, m’apprêter à mon tour, pour seulement ensuite m’installer et poser devant un appareil photo qui me paraissait tout à coup bien moins sympathique. On ne peut pas tricher. L’appareil est intransigeant, son déclic se fait sans le moindre mot. Le contact au début – il faut le dire- est assez froid!" (rires).

Encouragées par son entourage à creuser la thématique de l’autoportrait, Véronique a continué sur sa lancée.

"Depuis, les prises de vues sont bien plus agréables, bien que toujours très compliquées puisque personne ne m’assiste. J’ai découvert l’importance de poser sur un fond musical en relation avec l’esprit de la photo et je me suis réapprivoisée avec l’objectif de mon appareil. 

Cela étant, l’autoportrait est un vrai travail sur soi. Se révéler telle que l’on est, prendre le risque de se déplaire, n'est pas évident. Bizarrement, avec le temps, je ne cherche plus du tout à me reconnaître sur le papier, mais au contraire, j’analyse sans pitié la jeune fille blonde qui pose pour moi. Je me dédouble quelque part…"

Au quotidien, la jeune femme nous dit entretenir un rapport très simple avec son image. "Au niveau vestimentaire, la capitale permet toutes les excentricités, et à l’inverse aussi, toutes les tenues qui ne ressemblent à rien! Vous passez très facilement inaperçue."

A l'égard des stéréotypes véhiculés par les medias, Véronique dit elle-même s'exposer en femme-objet dans ses autoportraits, capable de porter avec un naturel déconcertant des objets peu gratifiants sur le visage. "J’explore par là les différentes femmes qui peuvent être en moi, tout en repoussant mes limites et en faisant profiter le public."

3) Habiter Paris peut rendre plus d'un Liégeois jaloux. Est-ce vraiment une vie rêvée la vie là-bas? "Débarquer à Paris n’est pas simple, même avec un bon diplôme en poche (Véronique est à la base diplômée en publicité, ndlr). Au départ, au-delà du fait que le logement soit cher et qu’il fasse se mettre à nu devant les propriétaires pour en trouver un, il faut comprendre la ville et son fonctionnement : s’y retrouver dans le métro, comprendre que le café coûte plus cher assis que consommé au bar, qu’il est d’usage de tenir sa droite sur les trottoirs et partout ailleurs. Tout va très vite ici, ça grouille dans tout les sens. Vous pouvez vite vous sentir noyée dans une immense ville très belle mais sans âme.

Et puis vient LA rencontre avec la ville. Une fois que vous êtes installée dans votre « 37 m² hors de prix » et que votre compte bancaire français est ouvert parce que vous avez l’assurance d’une rentrée d’argent régulière, alors oui: Paris est magnifique. Humaine. Multiple. Lumineuse. Généreuse. Romantique comme dans les films. Et même assez petite finalement. Vous existez et vous vous plaisez au milieu de cette foule dont vous avez emprunté le pas en vous robotisant tout de même un peu.

Par contre, je suis obligée d’étudier le Guide du Routard pour ne pas perdre la face lorsque j’ai de la visite belge à Paris." (rires)

4) Quand vous revenez sur Liège, avez un endroit coup de coeur (bar, restaurant, lieu public, etc.) où ne pouvez pas ne pas repasser? "Je reviens à Liège, le temps d’un week-end, tous les 3 mois environ. Le temps de décompresser et de faire mon shopping dans les boutiques sans avoir à faire la queue aux cabines d’essayage. J’aime ma ville natale, son calme. Et les sourires des gens.

Je ne manque pas les délicieux boulets-frites de l’Industrie, rue St Gilles. La tradition veut que l’on sorte le soir avec mes frangines boire un verre chez Bouldou, pour rattraper le retard dans nos confidences.

A chacune de mes déambulations dans le centre ville, je zieutte autour de moi, à la recherche d’un instituteur dont j’étais éperdument amoureuse adolescente. C’est drôle." Si ce Monsieur nous lit et se reconnaît, qu'il nous contacte: on lui transmettra les coordonnées de Véronique (rire!)...

5) A la question "Comment réagissez-vous face à la critique?" que lui avait laissée Jean-Charles Santini, le chanteur du groupe Saint-André que nous avons intervieé précédemment, Véronique répond que "La critique est encore un bien grand mot pour moi. J’ai récolté effectivement quelques articles illustrés dans la presse parisienne et belge.

Pour la plupart, ils sont descriptifs de ce que je fais et recommandent la visite. Je n’ai pas eu d’avis défavorable pour l’instant. Ils sont même plutôt encourageants."

Actuellement, Véronique travaille déjà sur un autre projet de série photographique. On souhaite beaucoup de succès à cette brillante Liégeoise dont vous pouvez découvrir le joli minoi et l'ensemble de ses clichés sur son site Internet. Un bon avant-goût avant de voir enfin débarquer ses autoportraits à la FNAC en avril.

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Photos: Véronique Boyens, tous droits réservés.